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« […] les plus illustres analystes de la nature humaine et de la politique ont toujours prévenu d’un danger pour la démocratie : l’intérêt de quelques uns d'occasionner sa dégénération vers l’ochlocratie. »

Elecciones sin debates, José Juan González Encinar

Le problème surgit lorsque la volonté générale est dénaturée ou ignorée par les représentants élus. Les personnes de l’Antiquité craignaient la dénaturation de la démocratie vers l’incarnation des intérêts d’une minorité ou vers un gouvernement de la foule. C’est l’ochlocratie. Actuellement, la démocratie peut-elle dégénérer ? Oui, elle peut.

Voyons, il existe un plus grand danger d’une dégénération de la démocratie vers l’oligarchie que vers l’ochlocratie. Même, je vois une grande correspondance entre celles-ci. Montesquieu disait que la république est menée par la vertu ; c’était la vertu qui poussait (initialement) les magistrats des polis grecs et de la res publica romaine. Elle dégénéra vers ce que l’on déjà connaît : la république romaine, aristocratique, dégénéra vers l’oligarchie faisant face à plèbe, puis vers une dictature et vers le principat des césars qui gouvernaient personnellement, au nom de la plèbe, avec un Sénat de figurants. Les césars utilisèrent la plèbe pour perpétuer un système dominé par les oligarques.

Or, après l’abolition de l’Ancien Régime, voulut-on arriver dans un système mené par la vertu ? Oui, dans une certaine mesure, inspirés par les idées des hommes illustrés. Lors de la Révolution française, on voulut gouverner pour la vertu civique, pour ainsi donner à la France des bonnes lois basées sur la Raison. Son radicalisme a un nom : Robespierre et la Terreur. L’idée qui a été de plus en plus oubliée a été celle de se guider par la vertu civique pour que les institutions de l’État accomplissent leur mission, qui était celle de garantir la liberté des individus. Le républicanisme, qu’aujourd’hui serait appelé républicanisme civique ou l’anglicisme « civicisme ».

Alors, après la période des révolutions atlantiques, l’État bourgeois se maintenait pour protéger les intérêts d’une oligarchie, avec les droits de participation restreints. À mesure que la pression de la classe ouvrière se faisait plus intense, l’État élargit la participation aux couches humbles : ainsi on arriva à la démocratie, tout le monde put participer. Théoriquement, mais, est-elle vraiment le gouvernement du peuple ? Ne sera-t-elle pas plutôt l’oligarchie bénie par les citoyens ? Alors, qui détient la souveraineté, les porteurs de jure ou les représentants de facto ? La minorité gouverne-t-elle sur la majorité, au prix de les tromper et les manipuler, dans une fusion d’oligarchie et d’ochlocratie ? C’est cela le grand mensonge ?